Hors du bain - Comment Certains Vivent

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Preuve à l'appui, je suis tombé sur une longue interview de Willy Lambil, dessinateur des Tuniques Bleues, dans laquelle celui-ci rapporte sa période dépressive, due à un manque de considération des gens du métier pour son travail pourtant largement plébiscité par le public. Et, buvons la coupe jusqu'à la lie, dans la série "pas-facile-décidément-d'être-un dessinateur-de-petits-mickeys", on terminera sur le sujet en évoquant "L'affaire belge", le dernier Canardo, série jadis brillante de Sokal, qui se propose de dresser un portrait au vitriol du monde de la bande dessinée, mais le fait avec  bien peu d'élégance et d'à-propos, avec une aigreur qui sent le règlement de comptes envers un milieu qu'il ne cotoie sans doute plus que de loin, ayant entretemps connu la réussite dans celui de la conception de jeux vidéos. Même pas drôle.

Les yeux papillotant, les ouïes prirent la relève. La moisson fût moins faste que les mois précédents, mais quand même... Les amabilités commencèrent avec la plage n°3 du disque d' Electrelane, "The power out" sorti il y a quelques mois, et acquis sur les conseils réitérés d'Yvan, co-créateur du site sur lequel vous vous trouvez présentement. La chanson en question s'appelle "The valley", et on pourrait, si on voulait s'amuser, la présenter comme de l'épique lo-fi, avec petits moyens mais chorale conquérante, les dix commandements ou tout au moins l'épopée des pionniers d'Amérique en ligne de mire, avec de possibles réminiscences des Raincoats et de leur merveilleux" Odyshape" que produisit Robert Wyatt sur Rough Trade, auberge espagnole ethno-folk plus qu'inspirée et très en avance sur son époque (1981). Pour en revenir à Electrelane, le reste de l'album, plus conventionnellement indie-foutraque (pas sur Too Pure par hasard), n'est pas, à mon humble avis, mais fais-je autre chose que vous le livrer donc pourquoi le préciser ?, à la hauteur, mais devient assez rapidement assez jouissif ( 2, 3 écoutes, s'il est encore des gens pour avoir cette patience).

Dernièrement, je traînais mes guêtres en Andalousie (à ce propos, saviez-vous que Séville est une fête, bien plus que Paris, et possiblement une des plus belles villes du monde ?), où Rafa de Green Ufo's, le label sévillanais qui distribue en Espagne les oeuvres d'innombrables gaulois, dont les miennes, (et également nombre d'anglo-saxons, dont Antony and the Johnsons qui fait un carton là bas), Rafa, donc, m'a remis en mains propres le dernier Piano Magic, "Disaffected", distribué en France par le vaillant et avisé label Talitres. J'avais partagé l'affiche à deux reprises avec Piano Magic, en 99 et l'an dernier, et les deux fois j'avais pensé "bof bof". Un de leurs disques m'avait cependant accompagné tout un mois d'été, "Writers without homes", leur chant du cygne chez 4 AD, avec notamment un long morceau contemplatif magnifiquement porté par la voix de John Grant des Czars, un piano pointilliste de Simon Raymonde et des grondements de tonnerre étrangement doux et rassurants, et c'est un phobique de l'orage qui vous cause (un astrapéphobe, pour être précis). Trois ans plus tard, la cause est toujours perdue, mais avec de très beaux restes. "Disaffected", avec sa Closer-ite aigüe, ses guitares liquéfiées à la And Also The Trees, ses sentences top dep' (l'impayable "Anything can happen in life, especially nothing, mainly nothing"; wow...et après ?), est un beau disque d'adolescence qui n'en finit pas de finir mais a oublié de geindre pour passer à l'attaque, cornes en avant, juste un peu dilué sur le tard, dommage. C'est parfois un poil trop blanc sur blanc (la voix), ou noir sur noir (les mots), comme on voudra, on aurait parfois envie de leur chatouiller un peu les pieds (comme me l'avait rapporté un bon ami resté 8 heures durant avec eux dans un camion : 8 heures sans un mot, c'est long). Mais quand même, beau disque, qui malgré le parti pris assumé de "nostalgist" (titre d'une des chansons), sonne étrangement assez antidaté.

Remarque valable aussi pour le deuxième disque de Bastien Lallemant, tout frais sorti du moule chez Tôt ou Tard, et aussi habillé, avec des parures chatoyantes, que le précédent était nu. Bonnes mélodies, belles colorations d'arrangements (Bertrand Belin, Simon Edwards, Albin de la Simone, entre autres enlumineurs), latines voire éthiopiennes. J'aime bien ce garçon, ses manières pas maniérées, sa voix bien posée, et son vocabulaire désuet (des mots comme "félonie" et "vilennies" émaillent ses textes), et qui se propose moins de faire vibrer la fibre de "l'Age d'Or" que de refuser la vulgarité contemporaine; il y a là plus de résistance que de fuite.

Tout aussi lumineux et hautement recommandable, le dernier Tarwater, mon groupe électro favori  avec Pan Sonic, "The needle was travelling", avec le plus talentueux des chanteurs non expressifs (je n'ai pas dit inexpressif, mais désexpressif n'existe pas, et il faut bien essayer de se faire comprendre), j'ai nommé Ronald Lippok; ils ont vraiment une façon très organique et ludique d'envisager la musique électronique qui n'appartient qu'à eux, et jamais depuis "Silur", leur masterpiece de 1998, ça n'avait paru aussi évident. Grand Cru. Et fin du blabla pour aujourd'hui, ça brille dehors, enfin.

Bon dilemne à tous (Oui ? Non ? Rien à carrer ?)

 


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