Médailles en chocolats - Comment Certains Vivent

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Comme tout le monde et comme le SYG m’y a convié, sacrifions à la remise de médailles en chocolat, avec les chevaux dans le désordre ; en passant, on a la fâcheuse impression que pour une bonne partie de la presse, il n’y a guère que ça qui compte dans l’année, que ça en constitue l’unique point d’orgue. Alors après ça qu’on ne vienne pas pousser des cris d’orfraie devant les victoires de la Musique qui fonctionnent sur le même principe : la remise de médaille en chocolat, à une période, février, il est vrai, où ce n'est plus le temps (du chocolat). Bon, ce soupçon de mauvaise conscience écartée, cette année j’ai adoré écouter :

Laura Veirs ; parce que c’est un beau fleuve intranquille d’une beauté paisible et sèche, que sa petite voix autoritaire et têtue, sans l’ombre d’un vibrato (si le vibrato exprime un doute alors pas l’ombre d’un doute ici), fait des merveilles sur des mélodies aussi à fleur de peau que celle de Rapture, que ce folk là n’en appelle jamais au bon vieux temps, et parce qu’ " up in the air, up there, up there " ça m’envoie aussi sec " up in the air ".
Mon chouchou s’il en faut un (personne ne te l’a demandé).

 

Daniel Darc : Crève Cœur, parce que la messe y est dite, et que c’est un grand disque d’interprète où tout sonne infiniment juste.

 

 

 

 

Pierre Bondu : Quelqu’un Quelque Part, parce que là aussi, c’est juste, et qu’on y touche du doigt le bonhomme sans chantage à l’impudeur. Et parce que La Vie Qu’on Avait sur scène, ça sonne émo-core et que bizarrement, ça lui va bien.

 

 

Devendra Banhart : Rejoicing in the Hands, bien sûr c’est d’une telle évidence, comme quand Will Oldham ou Chan Marshall ont débarqué, il n’y avait pas à tortiller, c’était LA. Et dieu sait qu’il y en a beaucoup qui sont LA.

 

 

 

The Blue Nile : High, parce que j’ai toujours un faible pour Cock Robin.

 

 

 

 


TV On The Radio, pour le son, inédit (du gospel noise, quand même...), ça me fait penser dans l’esprit à Long Fin killie, belle cause perdue des années ’90 (magnifique « Houdini » le premier album), voix noire sur rythmique blanche.

 

 

 

Jesse Sykes and the Sweet Hereafter : Oh My Girl, parce que le titre est d’une simplicité affolante, ça m'affole toujours cette simplicité là, désarmante, ce "oh" ouvert et doux, parce que c'est beau quand une telle voix de femme lasse chante "oh my girl" sur une petite montée de trois notes légèrement sur le ton de la supplication, et qu'il y d'autres très bonnes choses sur ce disque, même sil faudrait que l'alter ego de la chanteuse remballe sa guitare cow boy à chaque espace hors chant, cherchant méchamment à tirer la couverture à lui, ça n'est pas bien de faire ça à son amoureuse.

 

 

John Greaves and Elise Caron : Chansons, parce que la voix d'Elise, si bien placée, si pointue, est une source d'irritation qui ne manque pas de ravir sur la longueur, ça fait ça des fois, et que la formule piano-acordeon-clarinette – voix pointue sied parfaitement aux chansons très souples et musicales, avec des réminiscences de Satie, d'Astor Piazolla et du Michel Legrand des "Parapluies".

 

 

Franck Monnet : Au Grand Jour, parce que c'est compliqué là encore, on va finir par croire que j'aime ça, il y a matière à sévère agacement, avec cette voix qui s'autorise pas mal d'écarts, avançant sur des terrains limite-limite, et cependant, cependant, j'y entends une distance qui me plait bien, et tout n'y est pas compensé par du doux-amer, de l'ironie à deux euros; il y a des textes suffisamment énigmatiques, comme écrits par-dessus la jambe mais "comme il faut", parce que certaines chansons réclament cette désinvolture, et quelques mélodies et idées d'arrangements sont suffisamment addictifs pour avoir envie d'y revenir, une, deux puis quinze fois.

 

Tinariwen, parce que le blues touareg est un des plus beaux blues contemporains qui soit, avec celui d'Ali Farka Touré, malien lui aussi.

 

 




  

Pour finir, deux chansons qui éclipsent un peu, c'est peu de le dire, leurs albums : Divine Comedy, "Our Mutual Friends " dont j'ai déjà causé, grand prix du final arrache larme, et, soyons fort " Les Gens Absents" de Francis Cabrel, une magnifique chanson avec là aussi un beau final de cordes, plus modeste, une voix rentrée, à la croisée des chemins entre Gérard Manset et les Tindersticks (oui). Bien d'ailleurs le Manset, 10 franches coudées au dessus du Jadis et Naguère de triste mémoire, avec notamment la chanson Le langage oublié, qui renvoie aux grandes heures de Matrice et Lumières.

 

 

Pour vraiment finir, je ne dirai rien, pas un mot de trois albums auxquels j'ai eu le plaisir de participer, Vincent Delerm, Mobiil et Philippe Poirier, je ne dirais même pas le plaisir que j'ai eu à les écouter finis, parce que le plaisir quand on y est convié ça ne se fait pas d'en parler.

 

Je ne vais pas m'étendre trop sur les livres, d'une part parce que se serait inconfortable, d'autre part parce que j'en parle avec difficulté. De tout ce que je lis, je constate que ce qui m'attire le plus, ce sont les livres à tendance autobiographique, qui ne s'en tiennent pas à relater les faits, mais qui mettent l'histoire de l'auteur en perspective avec une généalogie, avec l'Histoire, ou avec des histoires qui lui sont extérieures, quand l'auteur interroge son identité ou éclaire des évènements traumatiques de sa vie en s'appuyant par exemple sur les traces laissées par d'autres auteurs. Comme dans Sarinagara de Philippe Forest (Gallimard) et À la recherche du voile noir de Rick Moody (Editions de l'olivier), où une partie de l'histoire individuelle est questionnée chez l'un par un haïku, chez l'autre par une nouvelle, et par les évènements à l'origine de ce haïku et de cette nouvelle. Une quête de sens et de soi également à l'œuvre dans L'éblouissement des bords de route (Verticales), dans un tout autre registre, puisque là ce sont les motels et centres commerciaux des grandes périphéries urbaines aux USA, qui servent de révélateurs. Très différents dans leurs propos (le dépassement de la perte d'un enfant avec le Japon en toile de fond chez Forest, un mal être dont les sources sont puisées dans un meurtre commis 3 siècles plus tôt par un ancêtre et qui décide par remords de se voiler le visage chez Moody, la sanctification des zones commerciales périphériques comme vitrine d'une mystique de la banalité et du conformisme chez Begout) comme évidemment dans leur style ces trois livres m'ont marqués. Il y en a d'autres mais ce sont ceux d'écrivains morts, et il est bon de rappeler qu'un bon écrivain ne l'est pas forcément.

 

 

En BD je conseille expressément à ceux qui ont un gros train de retard avec Jiro Taniguchi pour cause de blocage avec le trait manga de faire un sort à leurs a-priori en se ruant sur Quartier lointain, Le journal de mon père et L'Orme du Caucase chez Casterman. Ce sont des histoires bouleversantes, où il est question de retour sur soi, d'enfance et d'adolescence meurtries par des mystères familiaux, et qui se dévoilent 20, 30 ans plus tard, et d'amour qu'on peine à recevoir et à donner au moment idoine. L'adéquation entre le dessin, très virtuose, et le texte (dialogues justissimes) est totale, et c'est magnifique; s'il faut sortir l'île déserte de son placard, alors oui, j'y ferai une place de choix à ces livres là.
J'aurais pu parler un peu de ciné, ou du concert d'enthousiasmant de Jeanne Balibar que j'ai vu hier soir au Trabendo, mais je dois m'en aller, mouiller ma chemise avec Philippe Katerine et mes comparses sur la scène de la cité de la Musique.
En route vers la gloire, ou vers la débandade ? réponse ce soir.

Gavez-vous bien de saloperies diverses de fin d'année et à l'an prochain.

 


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