Rapport d'inactivité #8 - Comment Certains Vivent

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Génération grise, donc. De plus en plus délavée. Des personnages de fiction en arrivent même à s'appeler Christine Blanc. C'est dans le premier film de Siegrid Alnoy, "Elle est des nôtres", et c'est un choc ; le portrait très évolutif d'une jeune femme paumée dans ses rapports avec autrui, et qu'un crime non prémédité qu'elle commet va d'une certaine façon révéler à elle-même, lui permettre de s'intégrer par la dissimulation avant, sur le tard, de renoncer au mensonge. Tourné dans une ville moyenne au pied des Alpes, c'est un film sur la laideur des rapports humains tels qu'envisagés dans notre société de violence psychologique exercée au travail ou ailleurs (pour qui a eu à la subir, et qui n'a pas eu ?, la "chanson" "Elle est des nôtres" et à cet égard assez emblématique), l'opposé vivant oppresseur; la laideur a contaminé le décor, la ville, filmée avec beaucoup d'à propos, sans souligner, mais d'autant plus sensible au vue de la beauté des alentours. Mise en scène, montage et direction d'acteurs (Sacha Andrés, extrémenent crédible dans le premier rôle; Catherine Mouchet, impressionnante) en font un film vraiment à part, happant dés le premier plan et qui marque durablement neurones et synapses, comme rarement un film français.

Une autre façon d'évoquer nos rapports ici bas, aujourd'hui, le court, premier éblouissant et drôle roman de François Bégaudean, "Jouer juste". C'est le monologue d'un entraîneur de foot face à son équipe dans les vestiaires, durant les dix minutes infiniment extensibles avant le début des prolongations d'un match, monologue où vision du jeu et évocation d'un amour malheureux s'entrecroisent, en un perpétuel glissement de l'une vers l'autre, l'entraîneur voulant envisager rapport amoureux et jeu sur la pelouse sous le même angle. Il narre ainsi entre deux considérations théoriques ses vaines tentations pour appliquer à sa relation les mêmes préceptes qu'au football, ou tout au moins de faire preuve d'autant de discipline et de rigueur pour accéder à un véritable amour, qui ne saurait se satisfaire de victoires faciles. La morale de l'histoire étant que rien ne compte tant que la beauté du geste, et que cette beauté sans laquelle toute victoire n'est rien, ne peut être obtenue que par une vision collective, à deux comme à onze, du but à atteindre. On voit ainsi, chemin faisant, se profiler une remise en cause de l'individualisme, du culte de la performance, et du résultat immédiat, de la jouissance instantanée au détriment d'une vision à long terme. " Jouer juste ", ce serait ainsi ne pas se compromettre, ne pas sacrifier un idéal à des satisfactions immédiates et sans lendemain. Pas rien… Réintroduire dans l'art ce type de thèmes, qui relève du politique, en les imbriquant étroitement, ce qu'ils sont, à des moments de vie, c'est une façon habile de parler de politique sans la réduire à des théories sur l'exercice du pouvoir, ni jouer la carte de l'engagement démago ni enfin subordonner son propos artistique à des idées politiques. C'est dire que hors la politique, comme domaine spécifique, le politique est partout et qu'il y a possibilité d'en parler artistiquement sans ne parler que de ça. Si des gens comme Alnoy ou Bégaudeau sont d'une génération grise", je suis bien content d'en faire partie, d'être un peu éteint moi aussi. Par contre je serais poitevin en ce moment, je serais pas fier. Pompidou doit se faire sous lui en ce moment dans son caveau, ou alors, il télécommande tout, via un spirite, à Matignon, en ces grands temps de " pourquoi pas ? " Pourquoi pas des uniformes à l'école, pourquoi pas interdire le string aux gamines, pourquoi pas salarier es fonctionnaires au mérite, pourquoi pas rogner sur les jours fériés, pourquoi pas envoyer Juppé à la radio prôner la solidarité, ah mais oui mais non, ce ne sont que des suggestions. Ah non, Juppé, c'est fait, pardon. Oui, en ce moment je serai poitevin, je la ramènerais pas.

Il ne sera pas dit que nous en restons là, sur de l'ironie de seconde zone, n'est pas Val qui veut, sans en revenir brièvement à notre cheptel, la pop musique et ses dérivés. Je ne m'éloignerai cependant pas trop du sujet précédent, puisqu'il sera ici encore question d'extinction, d' " un peu moins vivant " (que voulez-vous, une idée, ça se tient, ça ne se lâche pas comme ça, la corde est longue), avec une pépite de chez Young God Records, le label de Michael Gina, ex Swans, actuel Angel of light (toujours hautement conseillés) : " Black babies " de Devendra Banhart. Tout semble en effet assez éteint chez cette femme, la voix est grave, lointaine, le souffle de la bande aidant (lo-fi, le retour, il y a donc encore des gens qui oeuvrent sur 4 pistes, cassettes…), l'impression d'écouter des blues d'antan, avec ces guitares folk dont le son tremble idéalement avec les fluctuations de la bande magnétique ; comme une Chan Marshall distante et appliquée, une Chan Marshall moins penchée sur son mal être, qui aurait eu trois gosses, une Michael Ginette, acoustique gothique, avec huit chansons toutes mémorables. Gare tout de même, c'est un 22mm, vendues au prix fort, précieuses, mais quand même…
Pour faire bien les choses, il faudrait encore s'étendre sur le dernier Robert Wyatt, que je préfère de loin au tant acclamé " Shleep ", je ne saurais dire…….

 

Qu'il y a des chansons magnifiques en circulation depuis peu,
a) une reprise aérienne, en suspension du " Waiting to die around " de Townes Van Zandt par The Bo Good Tanyas, trio féminin country canadien par ailleurs honnête sans plus ;
b) " Passing on the stairs " sur le dernier Elysian Fields, comme une chanson idéale de Nick Cave, avec deux ou trois notes bleues qui traînent, la succomberie intégrale ;
c) " Long Ago ", un inédit de Paula Frazer sur sa compilation de démos, Paula Frazer, une grande cause perdue, mais pas pour tout le monde, son " Big'O Motel " sur le " Gentle Creatures " de Tarnation figurant sans peine dans mon panthéon perso. Il faudrait s'étendre encore jusqu'à plus soif, mais le devoir m'appelle, je rentre en studio dans deux jours. Je vous ai bien eu avec mon " inactivité " hi hi.

Dormez bien. Et n'oubliez pas de vous réveiller.

 


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