La Boîte à Ooti

En 2011, La Boîte à Ooti sort son premier album attachant chez YY Label. On y découvre un univers bien délimité, avec une cohérence musicale qui découle d'une histoire où les parcours des trois membres s'entrecroisent. Dominique A participe à l'aventure en apposant sa voix le temps de deux morceaux. C'était là le prétexte de rencontrer Ooti, la chanteuse du trio. 




La boite à Ooti sort son premier album, mais en compilant le catalogue de l’Église de la petite folie, on ne peut pas dire que vous êtes novices dans la musique, et que c’est à un coup d’essai.

Effectivement, cela fait quelque temps que l’on est partie prenante dans la musique. Avant cet album, Thomas, alias John Trap, et moi même avions jusqu’alors une formation plutôt anglophone, dans un rock assez dur. La proposition d’Arnaud Le Gouëfflec (auteur et scénariste de BD et de roman brestois) de travailler en français sur la musique de Thomas a retenu notre attention, on n’avait jamais osé le faire.  On s’est retrouvé autour d’un morceau, Starouarz, qu’Arnaud et moi chantions en duo. Cela fonctionnait bien, on a eu à l’époque de bons retours donc on a continué avec Thomas écrivant la musique, Arnaud composant les textes, et moi les interprétant.

La boite à ootiL’album est très homogène, on sent réellement un groupe derrière, et non pas la somme de trois individualités comme ça aurait pu être le cas.

Oui c’est vrai. Y’a eu un article dans un fanzine brestois qui a rapproché les deux univers sonores et visuels de John Trap et d’Arnaud. On savait que chacun existait, chacun dans un rayon de 70 km, mais on ne s’était jamais vraiment rencontré. Mais après cet article, l’envie de travailler ensemble nous a alors apparu évidente et les choses sont venues très naturellement.

Et donc cette rencontre a crée une émulation.
Tout à fait. Thomas faisait ce qu’il savait faire depuis toujours, c’est-à-dire des chansons assez courtes, très visuelles, Arnaud avait des textes qui correspondaient à ça, et de mon côté je devais apprendre à chanter en français. Passer de l’anglais au français m’a fait perdre les repères que j’avais jusque là. Tout cela était stimulant, et ça nous portait vraiment.

Beaucoup de chansons sont chantées à la première personne. Est-ce une façon de justement s’émanciper de l’anglais, de prendre confiance en soi ?
Je crois qu’Arnaud a essayé de construire des morceaux qui me correspondaient. Pourtant notre rencontre physique ne s’est effectuée que lors du dixième morceau commun. Il a écrit des choses qu’il percevait de moi, et il faut dire que c’est assez juste. Ses chansons étaient pour moi des habits sur mesure (autant musicaux que dans les textes). Je n’y ai pas du tout réfléchi sur le moment, lors de la construction des morceaux, je me focalisais à apprendre à bien chanter en français (et je continue à apprendre aujourd’hui). Le décorticage des textes n’est arrivé que bien plus tard, lors de la sortie de l’album et des retours qu’on a pu en avoir, mais oui les textes me correspondent plutôt bien.

                                                             

Musicalement, les morceaux jouent sur la combinaison de sons cristallins et de boucles maltraitées, avec un son parfois sale, granuleux. Les textes répondent à cette dualité. Il est question de reflet dans le miroir, d’une recherche d’identité. C’est un thème qui revient souvent dans l’album.
Je ne sais pas si y’a une recherche d’identité. Mais la construction des morceaux est quelque chose que Thomas travaille depuis un moment, et avec sa base de samples avec des sons effectivement torturés il aboutit souvent à quelque chose de lumineux. La dualité est en chacun d’entre nous. Et elle transparait dans tous nos projets, qu’ils soient en français ou en anglais. Mais la recherche d’identité n’est pas vraiment consciente.

La chanson L’invitation du prince tord le coup aux idées qui germent durant l’enfance. Le Prince charmant n’existe donc pas ?
Oh ben si, il existe mais lui ce n’était pas le bon !

Il est question souvent de rupture du type, « ne croyez pas tout ce que l’on a dit » (Lili), « vos rêves ne se réaliseront pas » (Passacaille). Réalisme ou pessimisme ?
C’est l’idée qui je crois est liée à l’imaginaire, à l’enfance. Pas le côté niais ou complètement gentillet. On revient à la dualité dont on parlait tout à l’heure. On restera toujours en lien avec l’enfant que l’on a été, sans nostalgie, mais en gardant un œil aiguisé sur ce qu’il se passe autour de nous. Je ne pense pas qu’il y ait du pessimisme dans notre musique. Mais parfois juste un côté torturé, noir.

On fait souvent référence à Tim Burton dans vos comptines. Quels ponts peut-on trouver entre les histoires de la forêt de Brocéliande, et par exemple la légende du cavalier sans tête ?
Alors nous, on n’est pas tout à fait à  côté de Brocéliande, on est plus loin quasiment à la pointe du Finistère, mais c’est vrai qu’il y a par chez nous des forêts qui pourraient ressembler à celles que l’on peut trouver dans les films de Tim Burton. Personnellement, j’ai toujours baigné là dedans, avec des mythes, des légendes, j’habite la forêt de Huelgoat qui abrite des histoires très ancrées sur le Roi Arthur, avec les grottes du diable… Je pense que ça m’a nourri. En même temps, on n’est pas dans une revendication de sorcellerie bretonne comme cela a pu être mis dans des articles. Mais on a conscience de l’endroit où l’on est réellement et on s’en sert dans notre musique.

Sleepy-hollow

Quelles sont les autres influences sur l’album ?

Arnaud a des influences très larges. Une de celles qu’il cite souvent, c’est Eugene  Chadbourne, même si cela ne se ressent pas beaucoup dans notre album. Moi je me revendique complètement de Eels dans la façon de construire les morceaux avec des choses très légères, très lumineuses et tout d’un coup quelque chose de dur et très pesant dans les rythmiques. Thomas est très proche de l’univers de John Williams, dans les arrangements, ça se ressent. Chanter en français est tout nouveau pour moi donc rattacher l’album à une influence française ne m’est pas trop possible.

Tu n’es pas à ton premier projet musical, l’interprétation est-elle un besoin naturel pour toi ?

J’ai commencé très tard, à plus de 20 ans - aujourd’hui j’en ai 38 - dans des formations anglophones, rock, voire hard rock où j’avais plutôt tendance à utiliser ma voix de façon puissante et criée. Cela a duré 3-4 ans, jusqu’au début des années 2000, et on a eu quelques belles dates avec les découvertes des Vielles Charrues et du Printemps de Bourges. Ensuite il y a eu une petite pause en raison d’évènements personnels qui ont fait que j’étais sans voix. Je suis revenu à des chansons plus calmes que je faisais chez moi dans mon salon. C’était beaucoup plus posé, j’apprenais à travailler ma voix de façon différente. Thomas faisait déjà les arrangements. Et la Boîte à Ooti est arrivée fin 2009 environs.  Dans l’interprétation, le fait de me confronter à des univers que je ne connais pas forcément est essentiel : apprendre, essayer, utiliser ma voix comme un instrument à part entière sans obligatoirement tenir compte des paroles…

 

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