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Février 2009
Illust. Blonde (merci !)

 

Lonely Driften KarenElle chantait sagement, sa guitare en bandoulière, vissée à son micro, le buste raide, sa chorégraphie se réduisant à de timides génuflexions effectuées au rythme de la musique. Lorsqu’elle lâchait sa guitare, elle maintenait ses bras le long du corps, les mains recourbées vers l’arrière, telle une collégienne effarouchée. J’avais rarement vu quelqu’un d’aussi embarrassé avec son corps sur une scène. A un moment donné, comme pour conjurer sa raideur, elle se lança dans une ahurissante danse de Saint Guy, qu’elle justifia ensuite le souffle court comme un besoin de se lâcher, après d’interminables heures de camion. C’était un concert de Lonely Drifter Karen, groupe autrichien émigré en Espagne, sorte de jonction entre Mary Poppins et Tom Waits, la voix dégueulis (pour reprendre la juste expression de Philippe Lançon) en moins, la grâce mélodique en plus. Sur les côtés, un clavier et un batteur (plutôt cabotin, celui là) virtuoses épaulaient impeccablement la sage blonde chantante, dont l’embarras corporel était compensée par une très jolie voix bien placée. Ils ont eu la riche idée de faire un set assez court d’une heure dix rappel compris, et c’était parfait. Etrangement, c’est un concert qui m’est resté, quand tant d’autres, emballants sur le moment, passent. Une histoire de non présence qui donnait toute sa place à la musique, peut être, ou de maladresse touchante contrebalancée par la solidité des chansons.



Antony and the JohnsonsDeux disques, deux, pour entamer 2009 en fanfare. Celui d’Antony and the Johnsons, j’ai envie de dire « évidemment », quoique sur la foi du maxi d’il y a quelques mois, pas spécialement annonciateur des frissons à venir, je n’aurais personnellement pas misé trois cacahouètes. De fait, le blues mis en avant, « Another world », bien que parfaitement à sa place dans l’album (magie du tracklisting, quand tu nous tiens) ne laissait en rien augurer de la splendeur en ouverture, « Her eyes are underneath the ground » (après « Hope there’s someone » sur le précédent, on accordera à Sir Hegarty la faculté de méchamment embarquer son monde dès les premières secondes), ni de « One dove », à la hauteur des sommets du Laughing Stock de Talk Talk, et je reste modéré. Tous les pièges de la préciosité, du silence chichiteux sont battus en brèche par la magnificence de l’écriture et des arrangements, oui, il faut se joindre au chœur enthousiaste des uns et des autres, et le crier sur les toits par une nuit sans lune (sans omettre de ne pas tenir compte de l’épouvantable discours patchoulis qu’il ressasse en interview). Le plus édifiant étant que le plus beau passage du disque, celui où ça chavire sec aux abords du palpitant, n’est MEME PAS un passage chanté, un comble (le solo de soprano au milieu de « One Dove »). On éjecte le quatrième morceau, le vilain et hors sujet « Kiss my name », et tout va loin, jusqu’au titre même, « The crying light », qui donne de la Soul music une définition idéale. D’ailleurs, on ne dira dorénavant plus Soul music, mais Crying Light music.

GlassvegasDeuxième du lot, un disque couillon pour beugleur de stade, à vous donner envie d’arrêter de pester contre le jeunisme et à vous redonner des jambes de minot : le premier opus du quatuor écossais Glasvegas, réminiscent de Jesus and Mary Chain, et donc de Phil Spector, pied au plancher sur la disto qui fait trempette dans un bain de réverbe maousse, et un chanteur à donf’ presque tout le temps, doté d’un joli glapissement récurrent et d’un accent dont nulle lame ne saurait venir à bout (les anglais eux-mêmes n’y entravent que pouic). Tout ça sent sa brique rouge, sa pinte renversée sur le comptoir du pub, Billy Bragg au pays de la noisy pop (de la noisy prol’ en somme), avec une ferveur qui nous est étrangère à nous autres pauvres grenouilles, une emphase dont le grotesque ne prête jamais à rire, et une gangue de moite tristesse attaquée à grands renforts de refrains peplums. L’histoire toujours renouvelée de la pop anglaise. Quand on pense qu’un disque pareil a fait un carton plein sur ses terres, ça laisse songeur quand on pense à par chez nous et à nos effets pouet pouet papillons.

Xavier PlumasChez nous, justement, en moins offensif, mais pas moins digne d’intérêt, le premier disque solo de Xavier Plumas, « La gueule du Couguar », semble rencontrer un joli succès critique et s’échanger comme un secret (quoi de mieux pour un disque ?) auprès des amateurs, de façon comparable à ce qui s’est passé pour le dernier Mendelson. De fait, on a le net sentiment qu’il touche là à quelque chose, dans le registre folk rock qui est le sien, une intimité plus forte avec ses chansons peut être qu’avec son groupe Tue Loup, aidé en cela par l’habile production de Gilles Martin, qui détourne l’option acoustique de sa droite ligne avec ces traitements sonores dont il a le secret sans pour autant dénaturer l’ensemble. Bel objet, en plus, avec des photos noir et blanc pile poil raccord avec le contenu, de beaux portraits et paysages charbonneux.

CCertainsVivent RT @ValparaisoMusic: Mesdames et Messieurs, we’re very happy that our first album “Broken Homeland” is finally out today. It took its... ht…
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