Sur le vif #01

Houellebecq par ci, Houellebecq par là … eh oh les amis, de l'air, de l'oxygène, du gaz carbonique… Rien contre lui, jamais lu (si, si : non, non), à part ses poèmes, que j'ai bien aimés. Mais comme l'expliquait en substance Mishka Assayas un jour, pour arguer du fait qu'il refusait d'établir un palmarès de livres de l'année, la littérature est un des derniers bastions d'intimité dans l'art, c'est un rapport d'un à un qui s'y crée, arrêtez moi si je me trompe, où l'idée de partage n'entre pas en ligne de compte, hormis celui présupposé entre l'œuvre et le lecteur. On peut regarder une croûte à plusieurs, voir un navet à plusieurs, écouter une daube à plusieurs, on ne lit pas un livre à plusieurs. Alors, pourquoi vouloir lire un même livre tous en même temps ? N'y a ¯t'il pas en ce domaine l'embarras du choix ? Comment décréter qu'un livre vaut plus que les autres d'être lu et commenté, en dehors de considérations extra artistiques ? C'est parce qu'on a lu tous les autres et qu'il faut qu'il n'en reste qu'un ? Toujours ce truc de l'élu, du messie, du seul contre tous et, finalement, seul pour tous. La même vieille rengaine pourrie, depuis tant d'années, avec toujours la quête du chef d'œuvre en ligne de mire ; comme si l'important n'était pas de se nourrir d'un livre, avec les qualités qu'on lui trouve ou non, mais de décréter que tel est un chef d'œuvre, et que tel autre n'en est pas un.

 Au bord de la nuit

Calmons nous ; en voilà un dont vous n'entendrez pas parler en cette rentrée, et pour cause, il est mort en 1945, et ses livres, écrits dans les années 30 et 40 ont été traduits par Christian Bourgois dans les années 80. C'est donc vers les librairies d'occasion qu'il faudra vous diriger si le cœur vous en dit. Il s'agit d'un allemand qui s'appelait Friedo Lampe, un beau nom assez approprié pour un homme qui n'aimait rien tant que la nuit, et dont 10/18 a eu la riche idée d'éditer les admirables « Orage de septembre », des nouvelles, et « Au bord de la nuit », un roman. Deux titres qui annoncent la couleur avec on ne peut plus d'à propos, puisqu'il y est question de crépuscule sur le port d'une ville (Brême, sa ville d'origine, un nom qui renvoie aux contes de Grimm), de tensions latentes, de couples qui se dessinent ou se défont, d'enfants découvrant des cygnes dévorés par des rats, de jeunes hommes qui s'apprêtent à rompre toutes attaches et à prendre la mer… L'originalité de Lampe consiste, en miniaturiste virtuose, à dépeindre divers caractères dans diverses situations, dans un même temps donné, en totale simultanéité. On passe ainsi d'un tableau à un autre, sans qu'il s'établisse forcément de rapports directs ou d'imbrications entre les personnages et les situations; c'est comme une ville dont on prendrait le pouls à un moment donné, comme en un lent travelling qui ferait d'incessants et fluides va et vient sur différents angles d'une unique scène, sans qu'aucun protagoniste ne joue le rôle principal, comme si toute hiérarchie entre les personnages étaient balayée (ça en dit peut être long sur sa façon de penser, et ça expliquerait pourquoi les nazis voyaient cette prose d'un mauvais oeil). Seule importe l'atmosphère dans ces livres, il faudrait presque inventer le terme d'atmosphériste pour Friedo Lampe. « C'était une âme sensible dans un corps de géant; il mesurait deux mètres et écrivait des histoires tristes », est il écrit dans la préface. La vie se charge de faire mentir les apparences, c'est bien connu. Avec Friedo Lampe, elle a particulièrement bien réussi son coup.

 

CCertainsVivent RT @JCS1965: Dominique A à #foulesentimentale citant @ATDQM "La culture peut remettre en route une vie" @franceinter @DVarrod @CCertainsViv
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