Sur le vif #04

 

Pendant que l'Hexagone brillait de ses mille feux de nuit, paisiblement retranché dans mes pénates bruxelloises, j'ai passé ces temps derniers à écrire pour des compatriotes qui, les pauvres, ont choisi de rester au pays et de prendre sur eux la honte d'être représentés par une classe politique à la bêtise aussi crasse. En effet, alors que je me sentais tout disposé à m'enfoncer tranquillement dans une phase de baby blues post enregistrement, des personnes bien intentionnées se sont manifestées à point nommé pour m'arracher à l'inactivité qui me guettait, en me proposant de leur remettre des chansons. J'en ai ainsi écrit une pour Jean Guidoni, une autre pour Jane Birkin, et je planche présentement pour Jeanne Balibar. Dans l'air par ailleurs depuis de longs mois, une possible collaboration avec les rennais de Psyckick Lyrikah ; une autre avec Olivier Alary, français expatrié à Montréal et collaborateur de Bjork sur ses deux derniers albums (merci le site, puisque les contacts ont été pris via CCV…) ; et , à plus ou moins long terme, un morceau avec Oslo Telescopic ; et encore un autre avec un trio français, Chkrrr, mélange d'électronica et de cordes (pour faire vite), qui m'a tapé dans l'oreille comme je visionnais un (bon) court métrage dont ils avaient fait la B.O. ( «La sieste», de Xavier Lemarchand). En ce qui concerne l'album, sortie le 13 Mars ; il va de soi que le prochain Miossec sortira à peu près à la même période. Gentiment, Christophe a fait en sorte de prendre du retard sur son disque, pour être sûrs que nos productions respectives sortent quasi simultanément. Que ne ferait-on pas pour de nouvelles interviews et sessions photos croisées, pour préserver ce si doux parfum de routine ?...

Mansfield. TYA

J'ai rouvert mes oreilles au monde extérieur, et réarpenté les couloirs des boutiques de disques ; las, la pêche n'a pas été fameuse, à quelques exceptions notables près. Tout d'abord, le premier album du duo Mansfield.Tya, « June », dont j'ai lu dans le forum qu'il avait emballé certains d'entre vous, auxquels je me joins, et pas par chauvinisme nanto-nantais (pas mon truc). Belle sécheresse, belle sensibilité, belles promesses ; il paraît qu'en concert, ça embarque, ce qui ne me surprend qu'à moitié.


Très bon aussi, le nouveau White Birch, trio norvégien de new wave sage et molle, «Come up for air», dont je vous avais vanté le précédent opus sur ce site il y a deux ans déjà ; ça n'a pas bougé, c'est toujours aussi cotonneux, voire un chouïa plus, les pianos sont toujours en train de flotter dans la réverbe, un parfum de redite qui m'a agacé au début, mais contre lequel je n'ai plus rien à dire aujourd'hui, gagné par la torpeur des chansons. J'ai lu une chronique sur un webzine où le chroniqueur rapprochait ça de Mark Hollis ; faut pas pousser, tout de même : dès que ça joue sur du velours, on le sort du placard, ce pauvre Mark, qui serait sans doute bien déconfit à l'idée d'être rapproché de tant de groupes dont il doit se tamponner le coquillard, depuis qu'il a rompu les amarres avec le Wock business.

White Birch


Zop hopop

Mon copain Sacha Toorop a sorti son nouveau disque, en anglais, avant le passage au français dans un autre d'ici quelques mois ; « Mangrovia », c'est son titre, est sorti sur le label belge Bang, et n'est pas encore disponible en France, mais un coup de souris bien placé et vous devriez pouvoir vous le procurer. C'est un très beau disque, qui condense toutes les obsessions musicales de Sacha, son amour de la pop music ouvragée et artisanale, telle qu'on la concevait entre les années 50 et les années 70. C'est un album assez apaisé, avec des rythmiques chaloupées, des arrangements assez classieux, et en cerise sur le gâteau, une reprise parfaite des Bee Gees des années 60, «To love somebody».


Plus à l'est, le bristolien de Gravenhurst fait des merveilles sur «Fires in distant buildings», comme un écho 15 ans plus tard déjà, la vache, du «Comforts of madness» des Pale Saints (un des plus beaux fleurons, si ce n'est le plus beau, de ce qu'on a appelé jadis la noisy pop, et dont le revival nous pend au nez), avec alternance de titres sauvages, guitare en forme de barre à mine, et d'éclaircies acoustiques, le tout s'équilibrant parfaitement.

Gravenhurst


 

John Parrish

 

 

 


J'ai revu John Parish dernièrement, rendez vous dans un café en compagnie des adorables gars de Venus (Jean Marc Butty, batteur de Venus, a vécu à Bristol, joué sur le «To bring you my love» de P.J. Harvey, et tourne aujourd'hui avec John), à l'occasion d'un concert annulé en début de tournée européenne, ça faisait quatre ans dis donc, depuis «Auguri», on ne s'était pas revus. Toujours aussi charmant et british, il m'a donné son dernier disque, «Once upon a little time», dans lequel j'entre lentement, mais sûrement, et qui est, bien que davantage chanté, sensiblement plus rêche que le précédent, le très inspiré «How animals move» (ça va, je ne vous saoule pas trop avec tous ces titres, j'espère ? c'est plus fort que moi, j'aime qu'on sache de quoi on cause). C'est une musique, l'air de rien, assez exigeante, avec un refus de plus en plus marqué de tous les artifices de séduction pop rock, au risque du jansénisme, comme sur scène, où il faut pour aimer se laisser porter par le son (et quel son…) des guitares et de l'excellent groupe qui l'accompagne, le leader optant par ailleurs pour une chorégraphie assez minimale.
Sorte d'antithèse, Cali, que j'ai vu sur scène la même semaine ; beaucoup doutent de l'entièreté de son caractère, ou s'agacent de son côté «la vie à fond la caisse». Je vois mal, dans tous les cas de figure, comment on peut contester l'intensité du personnage (étrangement, presque plus forte hors scène). Il a une chanson qui m'a scié les pattes, «Roberta», sur les amours d'une octogénaire avec un jeunot de trente ans, inspirée par une femme qu'il a connue ; c'est une petite pépite, un portrait qui m'a fait penser à ceux de Brel, toutes proportions gardées, avec l'étoffe d'un standard populaire et digne. Pas si fréquent.


J'ai reçu quelques bonnes galettes aussi, en provenance de chez nous ; le dernier de Quincannon, «Homeless stars, never late», groupe parisien sous la haute influence d'une certaine frange du rock indé américain fin 80-début 90 (un soupçon de Pixies par là, un doigt de Daniel Johnston par ici, du Ween, du Danielson Family, j'en passe et des meilleures) ; beaucoup d'ambiances différentes, de ruptures au cœur des morceaux, ça destructure à tout va ; ça m'a rappelé l'âge d'or des productions du label américain Shimmy Disc (sous estimé à l'époque, en dépit de petits bijoux d'inventivité et de folie douce comme les albums de Bongwater, et quasi oublié aujourd'hui), dont un cintré du nom de Kramer, qui a fait des disques avec Dogbowl notamment, était le mentor. C'est un compliment.

Quincannon  


Porcelain

Le label Drunk Dog, producteur de Hitchcock ! Go Home ! (cf sur le vif précédent), m'a aimablement fait parvenir sa nouvelle référence, le deuxième album de Porcelain, « Me and my famous lover », qui sonne du feu de Dieu, nerveux et racé, qu'il est loin où le rock français ne sonnait pas un caramel… Mais où est le public, putain, par rapport à ce genre de musique, ne sommes donc plus qu'une poignée d'irréductibles indie gaulois ? Je suppose que ces jeunes gens inspirés aiment Mogwai ; croyez moi, les gars, vous valez mieux que ça…


Enfin, Naïm Amor, de feu Amor Belhom Duo, m'a envoyé son prochain, «Sanguine», enregistré en son fief à Tucson, en quête de label ; chanté en français, l'ensemble est très attachant, assez sixties et lounge parfois, sans kitsch de rigueur. On peut penser à des B.O. de Jacques Tati qui seraient chantées, et ça m'a rappelé le temps où avec son comparse Thomas Belhom, il reprenait «A bicyclette» ; on retrouve cet esprit là mélodiquement, l'approche américaine en plus (Joey Burns et John Convertino sont de la fête).


Adrian Nicole Leblanc

Je me suis épanché plus que prévu sur la musique, on parlera bouquins une prochaine fois ; juste un conseil : «Les enfants du Bronx» d'Adrian Nicole Leblanc (Ed. de l'Olivier), reportage édifiant sur la vie d'une famille portoricaine dans le Bronx, de la fin des années 80 au début du siècle, galerie de portraits passionnante.

Maintenant, si vous le voulez bien, je m'en vais réviser mes classiques (façon de parler, bien sûr), en prévision des réjouissances qui m'attendent (nuit des musiciens au Trianon, carte blanche à Reims).

A l'année prochaine, de pied ferme.


 


 

CCertainsVivent RT @JCS1965: Dominique A à #foulesentimentale citant @ATDQM "La culture peut remettre en route une vie" @franceinter @DVarrod @CCertainsViv
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